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Lettre ouverte au gouvernement canadien pour l'abolition de la prostitution

 

À l’occasion du CIRFF2015 à Montréal en août 2015, l'asbl isala s'est jointe à plusieurs associations et participant.e.s aux activités du Congrès féministe qui ont envoyé cette lettre aux responsables politiques canadiens et québécois, pour soutenir la loi C36 et rappeler l’objectif commun d’égalité femmes-hommes. La lettre est publiée sur le site du Cafes - Collectif d'aide aux femmes exploitées sexuellement.

Lettre ouverte à : chefs de partis politiques fédéraux, premier ministre du Québec, ministre de la justice du Canada et du Québec et ministres de la condition féminine du Québec et du Canada

Nous sommes des femmes et des hommes, féministes, autochtones et non autochtones, représentant.e.s d’associations de femmes ou de droits humains, étudiant.e.s, survivantes de l’industrie du sexe, chercheur.e.s, venu.e.s de plusieurs pays pour participer, apprendre et échanger lors du Congrès international des recherches féministes dans la Francophonie (CIRFF) à Montréal.

Que ce Congrès ait lieu au Canada ne nous étonne pas : les évolutions de la société canadienne en termes d’égalité femmes-hommes inspirent nombre d’entre nous dans notre militance, notre activisme, notre engagement associatif ou universitaire.

En particulier, nous sommes convaincu.e.s que l’adoption récente de la loi sur criminalisation de l’achat de services sexuels (C36) va contribuer concrètement à la construction d’une société égalitaire et respectueuse des droits des femmes. Nous savons que cette loi, qui se rapproche du modèle nordique d’abolition de la prostitution, permet de changer fortement les mentalités en reconnaissant officiellement la prostitution comme une violence faites aux femmes et en responsabilisant les hommes qui alimentent ce marché d’exploitation.

Comme l’a dit Cherry Smiley, de l’association canadienne Indigenous Women Against the Sex Industry, pendant le CIRFF, la prostitution se nourrit des inégalités systémiques dans nos sociétés : la domination masculine, le racisme et le néocolonialisme, les inégalités économiques nationales et internationales.

De nombreuses survivantes témoignent de l’inacceptable réalité d’une industrie du sexe qui considère les femmes comme des objets. Dans une société canadienne et québécoise prônant l’égalité femmes-hommes comme une valeur du vivre-ensemble, il est urgent de les entendre et les soutenir.

A l’heure où les droits des femmes sont attaqués de toute part, y compris au travers des politiques d’austérité, nous saluons la volonté politique du Canada de combattre l’expansion de l’industrie du sexe en adoptant une loi intégrale qui s’attaque à sa racine : la demande de prostitution, qui alimente aujourd’hui la traite des femmes et des enfants à des fins d’exploitation sexuelle.

Nous espérons fortement que cette loi sera mise en œuvre de manière holistique par les divers niveaux de gouvernements canadiens, avec les moyens nécessaires pour soutenir les femmes en situation de prostitution, en rejetant toute forme de criminalisation de ces dernières, en soutenant des programmes de sortie, en appliquant les sanctions envers les clients-prostitueurs et les proxénètes, et en développant des campagnes de sensibilisation et d’éducation au respect et à l’égalité. Cette loi est une occasion inespérée pour le Canada et le Québec de confirmer leur engagement vers un monde sans violence pour les femmes.

Signatures :

isala asbl, Belgique
Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle – CLES, Québec
Collectif d’aide aux femmes exploitées sexuellement – CAFES, Québec
Indigenous Women against the Sex Industry, Canada
Le Monde selon les femmes, Belgique
Les efFRONTé-e-s, France
KAFA (Enough violence and exploitation), Liban
Confédération des syndicats nationaux, CSN, Québec, Canada
Le Y des femmes, Québec, Canada

Eve Lamont, réalisatrice, Québec
Jacqueline Julien, présidente de BAGDAM Espace Lesbien Toulouse, France
Rhéa Jean, chercheure indépendante, philosophe, Québec
Chantal Ismé, organisatrice communautaire, CLES, Québec
Véronique Perry, enseignante et chercheure, Université de Toulouse
Marie-Eve Vautrin, candidate M. Sc. Communautaire, Université de Montréal
Julie Martineau, Québec
Jean-Luc Martineau, France
Emmanuelle Mélan, doctorante, Belgique
Pascale Maquestiau, Le Monde selon les femmes, Belgique
Caroline Vohl, étudiante, Québec
Catherine Bourgeois, Université des femmes, Belgique
Pierrette Pape, asbl isala, directrice des politiques et des campagnes, Lobby européen des femmes, Belgique
Elisabeth Fortin, étudiante sociologie, Québec
Katinka In’t Zang, Le Monde selon les femmes, Belgique
Fatima Benomar, les eFRONTé-e-s, France
Javiera Coussieu-Reyes, chercheure militante, France
Paola Hidalgo, activiste, Belgique
Claude Hazadi, adm. directeur général, Québec
Rose Sullivan, survivante et intervenante, CAFES, Québec
Diane Matte, organisatrice communautaire, CLES, Québec
Sophie Bissonnette, cinéaste, France

  • Témoignage de soutien

    Votre travail devrait être reconnu d'utilité publique. Vous et toutes les personnes de votre association sont une lumière au bout d'un tunnel interminable.

  • Témoignage, Yser, juin 2015

    Je suis seule ici sans famille, je ne connais personne à Bruxelles. Ma famille ne sait pas ce que je fais ici...

  • Témoignage, Yser, mai 2015

    Je ne connais presque rien de Bruxelles. La journée je dors, je me réveille juste pour venir ici. Je n’ai pas de temps...

  • Témoignage de Louise, mai 2015

    Je viens tous les jours pour faire plus vite de l’argent et rester le moins longtemps possible dans la rue.

  • Témoignage de Yser, juillet 2015

    Merci de venir nous voir et de nous demander comment nous allons comme personnes

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