Témoignages

Nous vous partageons ici des témoignages de femmes qu'isala a rencontrées et/ou accompagnées dans les dernières années, en particulier en 2020. Les prénoms ont évidemment été changés, et les paroles de ces femmes sont telles qu'elles nous les ont partagées.

Nous vous demandons de ne pas utiliser ces témoignages sans demander à l'association son accord, car c'est sur la base de la confiance que ces femmes ont partagé leur vécu, et ce serait irrespectueux que leurs mots se retrouvent dans d'autres contextes dans leur accord.

L'objectif de cette section sur notre site est de permettre de mieux comprendre le vécu des personnes que nous rencontrons et accompagnons, dans le respect de leur parole et leur vie, quelles qu'elles soient.

En Belgique, quelques femmes survivantes partagent publiquement leur témoignage. isala les a accompagnées dans des actions de sensibilisation ert de plaidoyer, pour faire changer le regard de la société sur leur vécu. Sur notre site, vous pouvez lire le témoignage de Hilde Bartels, survivante belge, et celui de Fiji, jeune survivante française, qui a participé à la marche mondiale des survivantes en France et en Belgique, ainsi que des paroles fortes de survivantes accompagnées par isala lors d'événements en Belgique. Lisez aussi le témoignage de Maïté Lonne lors de son intervention au Parlement européen en octobre 2019, et son témoignage lors de l'événement "#MeToo et prostitution" à Paris en 2018. C'est en s'imprégnant de ces mots que l'on peut mieux comprendre le système prostitutionnel, ses victimes et survivantes, et l'action d'isala.

Iliana

« J’ai grandi et fait mes études secondaires en Bulgarie, puis j’ai été mariée à 18 ans. Mon mari était violent et il m’a prostituée pendant 3 ans. Je me suis enfuie, j’ai dû laisser ma fille avec ma famille et je suis allée dans différents pays d’Europe, j’ai survécu avec la prostitution. J’ai connu mon deuxième mari il y a dix ans et j’ai une petite fille de 4 ans, qui est née ici, mais mon mari est en Bulgarie. Moi, je ne peux pas rentrer en Bulgarie, car le racisme et la discrimination envers les personnes turcophones ou rom sont trop forts, et il n’y a pas de perspectives là-bas.
La prostitution est très violente, je le sais, mais je n’ai pas d’autre choix pour l’instant. Quand je vois un client, je ferme les yeux et je pense à autre chose, je me dissocie pour que cela passe plus vite. Je pense à mon objectif, qui est d’aider ma famille en Bulgarie et d’y construire une maison. Mais je vois bien que cela m’affecte.
Je n’ai toujours pas trouvé un travail normal en Belgique, c’est difficile ici. Ma grande fille de 15 ans m’a rejoint cette année, je m’occupe de mes deux filles. Mais je suis fatiguée, je me sens fragile psychologiquement. Je le vois car j’ai crié sur ma fille, et je n’aime pas ça. J’ai peur aussi de laisser ma grande fille sortir, car elle ne parle pas bien le français, et je n’ai pas confiance dans les gens. J’ai peur pour son futur, je voudrais être un modèle positif pour elle.
Avec le confinement, tout s’est arrêté. J’ai pu réfléchir, penser à long-terme, et je veux vivre comme les personnes normales. Le manque d’argent me stresse, c’est pour cela que je veux vraiment trouver un travail et que je suis venue à l’association. J’aimerais aider les personnes âgées, je pense à ma maman qui est seule en Bulgarie, je pleure quand je pense à elle, je voudrais qu’elle me rejoigne, qu’on soit en famille, en sécurité. »

Isabel

« Au début du confinement, je ne voulais pas sortir, je restais chez moi avec ma fille de 4 ans. J’avais peur. Chaque sortie était une angoisse. Je voulais qu’on fasse très attention, je mettais en place des procédures sanitaires très strictes, qu’on se désinfecte des pieds à la tête. J’avais peur de tomber malade, de mourir, et qu’il n’y ait personne pour s’occuper de ma fille.
On restait donc à la maison tout le temps. Ma fille a changé de comportement alimentaire, elle a voulu boire de nouveau des biberons. Moi je passais mon temps au lit, et en contact avec ma famille en Espagne, j’étais inquiète de leur santé, au regard de la situation là-bas. Deux ami.es proches de la famille sont décédé.es, cela m’a beaucoup minée. Les informations qui circulent sur les réseaux sociaux sont aussi très anxiogènes, c’est difficile de ne pas avoir peur, de ne pas penser à la mort.
J’ai arrêté mes cours de français, mes recherches d’emploi. Je n’avais plus de motivation, je voulais juste que la situation s’arrête, que ce virus disparaisse, et que la vie reprenne, sans souci.
Mes journées sont rythmées par ma fille et ses activités, mais je vois bien qu’elle est frustrée de ne pas pouvoir voir ses amies ou d’aller à l’école, elle ne reste pas concentrée très longtemps, elle me demande beaucoup d’énergie. Je ne veux pas qu’elle aille à la garderie car j’ai peur, et de toute façon je n’ai pas de travail pour l’instant. Je suis en contact avec les membres de l’association, qui prennent de mes nouvelles ; je sais qu’elles sont là si j’ai besoin de quelque chose, de parler.
Après 2 mois de confinement, j’ai retrouvé un peu d’énergie et j’ai accepté la situation : si tout le monde sort, pourquoi pas nous ? Alors, nous allons au parc, nous avons même visité une amie et ma cousine. Avec l’association, nous avons recommencé les démarches de recherche d’emploi, car je veux retrouver une vie normale. Mais je ne veux pas d’un travail qui mette ma santé en danger, qui me mette trop en contact avec des gens. J’essaye de mettre en place une routine, et je suis contente de retrouver des activités comme aller au parc ou à l’association.
La semaine dernière, à l’association, nous avons parlé de mes besoins, et j’ai choisi : le besoin d’été, de soleil, de voir des gens ; le besoin de stimulation, d’être accompagnée pour retrouver une vie normale et un but ; et le besoin de comprendre ce qui arrive, comment je peux protéger ma fille. Ici, c’est difficile de trouver un travail, de s’insérer. Et je manque de confiance en moi, je pense que c’est parce que j’ai vécu avec un homme qui me maltraitait et me disait que je ne valais rien. Parfois je me sens très seule, car j’ai très peu d’amies, cela fait seulement un an que je suis ici. Mais je veux rester ici et offrir à ma fille des opportunités, qu’elle n’ait pas à devoir faire ce que j’ai fait, qu’elle soit fière de moi. »

Teresa

« Je suis arrivée à l’association en août 2019, car je voulais de l’aide pour un avortement, mais j’ai eu une fausse couche, et cela a été le déclic. Après 5 années dans la prostitution en Belgique, je n’en pouvais plus, je voulais changer de vie. Et cet accident de santé m’a beaucoup choqué. J’ai eu de la chance de rencontrer l’association au moment où une place s’ouvrait dans une maison de transit, et j’ai pu y entrer. Cela fait maintenant 7 mois que j’y suis, et ma vie a changé. Je ne veux plus rien avoir à voir avec ma vie d’avant, qui était mauvaise. J’ai eu recours à la prostitution car je n’avais pas d’alternative, je devais aider ma maman à payer ses soins de santé et pendant 2 ans je suis venue à Bruxelles dans cet objectif. Mais la prostitution attaque la tête, c’est dangereux. J’ai aussi vécu de la violence conjugale, du père de mon fils. Je suis allée à la police plusieurs fois dans mon pays, mais là-bas, rien n’est fait, les hommes ne sont pas poursuivis, c’était terrible. Aujourd’hui, je veux trouver un travail et faire venir ma fille, pour avoir une vie de famille normale ici en Belgique.
A mon arrivée dans la maison, j’ai dormi, beaucoup dormi, comme si mon corps reprenait sa place. Avec l’association, nous avons fait toutes les démarches nécessaires pour mon titre de séjour et ma recherche d’emploi. J’ai eu des expériences professionnelles avant cette période noire en Belgique, je voudrais les valoriser. J’ai réussi à avoir un contrat d’un mois en janvier, mais le confinement a stoppé toutes les opportunités. Je prenais des cours de français dans une association de femmes, mais cela a aussi dû s’arrêter. Je n’arrive pas bien à me motiver pour suivre des cours toute seule, je pense que je manque de concentration, peut-être à cause de mon vécu. Ce n’est pas facile non plus pour moi de faire des démarches sur internet et email, car je n’ai pas l’habitude.
Les membres de l’association sont très présentes : malgré le confinement, nous nous appelons pour faire des exercices de français, pour m’entraîner à des entretiens d’embauche, pour continuer les démarches, pour discuter. Nous sommes allées au parc. Le soir, avec mes colocataires, nous applaudissons le personnel de santé. Nous continuons d’avoir des réunions collectives, toutes les locataires ensemble avec les 2 associations, par whatsapp. Cela rythme nos semaines. Nous avons eu des sessions virtuelles de yoga, de dessin, de routine énergétique. J’ai même donné un petit cours de bachata ! S’il y a eu des petites tensions au début du confinement, maintenant nous nous entendons bien, nous cuisinons ensemble, nous avons du temps pour mieux nous connaître. Il faut avouer aussi que parfois, nous nous ennuyons.
Au milieu du confinement, j’ai eu envie de partir de la maison, peut-être à cause du virus, mais je me suis rendue compte qu’il me faut d’abord mon indépendance économique. Je ne veux dépendre d’aucun homme ! Le confinement a été un stress pour moi, parce qu’il a bloqué les possibilités de trouver du travail, et du coup je me suis trouvée un peu perdue, loin de ma famille. Mais aujourd’hui je redouble de motivation. Je n’ai pas peur du virus, je suis prête à travailler dans les hôpitaux, les magasins, les bureaux, pour le nettoyage.
J’ai des nouvelles de ma famille, qui me manque. Cela me rend triste quand je pense que ma fille est si loin. J’ai eu peur pour mon fils, qui avait fugué de la maison de son père en Espagne, mais maintenant nous nous parlons tous les jours, il est chez un ami.
Depuis que je suis dans la maison, je prends mieux soin de moi. J’ai fait des tests de santé, j’ai aussi décidé d’aller enfin voir un ophtalmologue, car je sais bien que je suis myope, mais je n’avais pas priorisé ma santé jusqu’à présent. Quand la salle de fitness sera ouverte, je veux y aller ! »

Rada

« Je suis venue sonner à la permanence de l’association pour la première fois en octobre 2018, alors que je venais d’accoucher de ma dernière fille. Je voulais en finir avec mon vécu douloureux de prostitution. J’ai 38 ans, je suis Rom Bulgare, et je veux une vie normale.
J’ai vécu des situations très difficiles ici : avec 2 de mes enfants, j’ai déménagé plus de 16 fois en 15 ans, parce que je n’arrivais pas à payer les loyers. Nous avons dû trouver des solutions, passant de logements insalubres à des canapés chez une amie, parfois chez des hommes, mais aussi dans la rue ou au samu social. Je n’en pouvais plus de cette situation, j’étais fatiguée.
Aujourd’hui, je vis avec le père de ma dernière fille, et je m’occupe aussi de mon fils de 13 ans et de ma fille de 19 ans. Elle me donne du souci, car elle a grandi dans un contexte de violence et j’ai peur qu’elle ne tombe dans des situations dangereuses, comme j’ai vécu.
Je ne veux plus dépendre des hommes, je veux contrôler ma vie aujourd’hui. Avec l’association, nous faisons les démarches pour régler tous ces problèmes qui se sont accumulés, surtout les dettes. Grâce à cet accompagnement, j’ai repris confiance en moi, je peux aussi être moi-même et laisser exprimer mes émotions : ma joie quand les choses avancent, mais aussi mes colères et mes découragements. J’ai remarqué que quand je vois l’association, je dors mieux après !
Pendant le confinement, j’ai eu peur de ne pas pouvoir donner assez à manger à mes enfants. Avec l’association, on a trouvé des solutions, des initiatives solidaires. Des personnes ont fait des dons de vêtements à l’association, et j’ai même eu un nouveau lit ! Cela m’a fait chaud au cœur, j’ai eu envie de repeindre les murs de notre petit appartement en vert !
Mais le covid a aussi un impact sur ma santé : je suis stressée de ne pas trouver un travail. Avec mon compagnon, nous avions une piste sérieuse dans une entreprise, mais elle est en suspens à cause du confinement. Je suis motivée, mais je suis fatiguée, et j’espère vite stabiliser ma situation pour vivre normalement. »

Alina

« Ma maison, c’est ma prison. Je vis avec un homme violent, et c’est difficile pour moi de parler avec l’association car mon mari est toujours là, du fait du confinement, il est sans cesse à la maison. J’ai peur qu’il me tue.
La prostitution s’est arrêtée avec le confinement. C’est bien car j’ai enfin le temps de me reposer. Je dors beaucoup. Mais les clients sont des hommes dangereux : deux d’entre eux m’ont contactée, malgré le confinement, ils m’ont dit qu’ils ont le covid, qu’ils ont peur de mourir et qu’ils veulent que je vienne les voir ! J’ai dit non, ce n’est pas normal cette attitude ! Et je n’ai pas envie d’attraper le virus.
J’ai peur pour ma famille dans mon pays. J’ai peur que mes proches meurent et que je ne puisse pas aller aux enterrements.
Je m’occupe, je suis organisée, je fais beaucoup de choses : j’étudie, je fais du sport, je cuisine. Le monde ne va pas finir à cause du coronavirus. »

Sophie

« Je contacte l’association parce que je ne sais plus comment payer mon loyer. J’ai 56 ans, je suis prostituée depuis mes 20 ans, aujourd’hui dans un carrée de Saint-Josse. L’association me dit que, comme je suis belge, j’ai droit au CPAS. Mais personne ne me l’a jamais dit ! Je pensais n’avoir droit à rien du tout. J’ai peur que le propriétaire m’expulse.
Il me reste une dizaine d’années à travailler, j’aimerais pouvoir avoir un travail normal, finir ma vie professionnelle normalement, comme tout le monde. Je vais réfléchir à ce que l’association me propose, d’être accompagnée pour la recherche d’emploi. »

Julie

« J’ai contacté l’association par facebook, car j’ai besoin d’aide. Je suis étudiante, je dois m’assumer seule et aider ma famille, car elle est en difficulté. Ce que je touche du CPAS est insuffisant. Je travaillais au noir dans un salon de massage, mais je voudrais profiter du confinement pour trouver quelque chose d’autre. Dernièrement, mon ordinateur a lâché, et j’ai épuisé mes dernières réserves pour en acheter un nouveau. Je dois absolument trouver un job pour assurer la suite. Comme j’ai travaillé comme sage-femme pendant 3 ans, l’association m’a partagé des offres d’emploi dans les hôpitaux et j’ai postulé. Je la remercie. »

Gabriela

« Grâce au confinement, je dors à nouveau normalement, je me couche le soir et je fais des journées normales. Avant, jusqu’en janvier, j’étais dans la prostitution, mais je ne veux plus entendre parler de cette vie, ni de ce mot ! Je m’étais promis d’arrêter quand j’aurais mon passeport, et c’est ce que j’ai fait. C’est récent, mais il faut que je tienne. J’ai bien le droit d’être heureuse, non ?
Je suis soulagée de ne plus être dans la prostitution, je me sens très bien maintenant. Ma vie a été difficile, et je suis déterminée à trouver un travail. Mon rêve serait d’avoir une maison à la campagne avec ma fille. Elle est placée dans une famille d’accueil depuis qu’elle est petite, car je ne pouvais pas m’en occuper. Mais je suis en contact avec elle tout le temps. Je peux enfin m’occuper de moi, me recentrer, prioriser mes besoins. J’ai beaucoup aidé les gens avant, j’aidais les autres femmes dans la prostitution, mais maintenant je vais m’occuper de moi.
J’ai peur de voir une psychologue, car j’ai peur de ce que cela va m’apprendre. J’ai beaucoup de choses dans ma tête, et je voudrais que ce que je vis dans ma tête reste dans ma tête, je ne veux pas que cela devienne vrai, ce serait trop dur. On m’a forcée à voir un psy quand ma mère est morte, j’avais 4-5 ans, mais je n’ai pas été comprise. Il y a eu de la violence dans ma famille, et pour l’instant, j’ai peur d’affronter tout ça, et mon vécu. Et les associations que j’ai rencontrées pendant la période de prostitution n’ont pas cherché à m’aider.
Je n’ai plus de contacts avec ma famille, elle ne m’a pas aidée. Quand ma mère est morte, on a été placées avec ma sœur chez ma grand-m ère et mon oncle, et il était violent. Personne ne réagissait ; soi-disant c’était parce que je ressemblais trop à ma mère… Je suis partie en pension vers mes 14 ans, et c’est là que la prostitution a commencé, mais je ne veux pas en parler. Le dernier contact que j’ai eu avec ma sœur, c’est quand j’ai voulu refaire des papiers, car on me les a pris quand je suis arrivée en Belgique quand j’avais 18 ans. Ma sœur m’a alors proposé de m’aider pour me domicilier en Roumanie, pour refaire ma carte d’identité, mais elle m’a demandé 3000 euros. J’ai refusé.
Je ne suis pas inquiète du virus, je veux travailler le plus vite possible, aussi parce que je dois payer mon loyer et j’ai du retard. J’ai peur de me retrouver dans la rue. Je veux absolument trouver un travail, mais c’est tellement difficile ici ! Des clients m’ont contactée pendant le confinement, cela me met en colère ! Je suis en colère aussi parce que c’est dur de sortir de ce que j’ai vécu et je ne trouve pas ça normal : quand tu ‘fais la pute’, quand tu as de l’argent, les portes s’ouvrent. Quand tu fais quelque chose de mal, tu as plein d’ami.es. Maintenant que j’essaie de faire quelque chose de bien avec ma vie, il n’y a plus personne, tout se ferme. C’est révoltant.
Je suis déterminée à m’en sortir, j’ai beaucoup de ressources, je parle plusieurs langues, j’espère que cela va marcher ! Et j’aime bien venir vous voir, car je peux parler et je suis écoutée. »

Lucia

« C’est une amie d’amie qui m’a mise en contact avec l’association. Je suis arrivée en Belgique en novembre 2019, je fuyais une situation de violence conjugale très forte. Je ne peux plus rentrer dans mon pays, car le père de mes enfants me terrorisait, il me suivait partout où j’allais, il m’a frappée plusieurs fois, menacée de mort, il a corrompu la police ce qui fait que mes plaintes n’ont jamais été suivies d’effet. La République dominicaine est l’un des pays les plus touchés par les féminicides, j’ai peur. J’ai dû fuir, en laissant mes deux filles dernière moi. Cela me rend très triste, elles sont le cœur de ma vie. J’étais infirmière et esthéticienne, j’ai étudié, je suis très débrouillarde, je ne pensais pas que j’allais vivre ce que j’ai vécu en Belgique.
En arrivant ici, j’ai fait une demande d’asile sur motif de violence de genre, et du Petit Château, j’ai été envoyée dans un centre. Là-bas, les conditions de vie sont terribles, je ne voulais pas y rester. On m’a présenté quelqu’un qui pouvait m’aider à trouver du travail, mais il m’a confisqué mes papiers et m’a forcée à me prostituer. Il gardait tout l’argent et ne me donnait qu’une petite somme, que j’envoyais à ma famille. Je pense que j’étais tellement stressée, perdue dans ce nouveau pays, et obnubilée par ma culpabilité d’avoir laissé mes filles, que je ne me rendais pas compte de ce qui m’arrivait. Jusqu’au jour où j’ai pensé à elles en me demandant si je pouvais leur dire ce que je faisais, et cela a été le déclic : je veux être un modèle pour elle, je veux qu’elles soient fières de moi. J’ai pu m’échapper car je devais renouveler ma carte orange et donc sortir de ce lieu d’enfermement. Je me suis réfugiée chez une amie, loin de ce lieu, mais nous étions deux dans une toute petite pièce, je dormais par terre. J’ai contacté l’association.
J’ai la chance de pouvoir vivre maintenant dans la maison de transit de l’association, avec 3 autres femmes qui ont aussi des parcours de vie chaotiques. Je me sens toujours un peu coupable par rapport à mes filles, mais ma famille a compris ma situation et me soutient. Au début ma mère a été suspicieuse, étant donné ce que j’ai vécu ces derniers mois, elle avait peur pour moi. Je l’ai rassurée et elle sait que nous pouvons avoir confiance dans l’association, et que maintenant, je vais pouvoir me reposer, faire des cours de français et d’intégration, faire reconnaître mon diplôme pour trouver un travail d’infirmière. Je suis spécialisée dans le contrôle des infections, cela sera utile en ce moment !
Je ne dors pas encore très bien, je dois retrouver le calme, la sécurité. Je dois aussi accepter que ma famille prenne soin de mes filles, je voudrais être indépendante économiquement mais cela va prendre du temps. J’aimerais avoir des ami.es, je me sens un peu abandonnée ici. Heureusement, avec la maison, nous avons des activités collectives, et je suis entourée. »

Amber

« Je suis arrivée d’Afrique en Belgique en 2015, j’ai été amenée ici sans trop savoir où je me trouvais. J’ai été victime d’un réseau qui m’a exploitée sexuellement.
J’ai réussi à m’échapper et j’ai demandé la protection internationale. J’ai expliqué mon histoire au CGRA mais ils ne m’ont pas crue, car les souvenirs que j’avais de cette période étaient très flous. J’ai dû quitter le centre d’accueil pour demandeur.ses d’asile et je me suis retrouvée sans statut. Pourtant, je voulais m’en sortir, m’intégrer : j’avais pris des cours d’alphabétisation au centre. Après mon départ du centre, je me suis tournée vers l’association pour avoir de l’aide et du soutien, pour moi et ma fille.
Aujourd’hui, j’ai trouvé un endroit où dormir et ma fille va à l’école, mais je vis toujours dans des conditions très précaires. J’ai pris des cours d’informatique. Au moins, maintenant, j’ai des personnes qui sont là pour moi. Je ne suis pas seule. »

Erith

« Je suis arrivée en Belgique en 2016 avec celui que je considérais à l’époque comme « mon petit ami ». Nous avons fait une demande d’asile conjointe. Nous habitions ensemble dans un centre pour demandeur.ses d’asiles. C’est à ce moment qu’il a commencé à être violent mais j’avais peur d’en parler. Il m’amenait dans des endroits où il y avait de la prostitution, il me forçait à consommer de la drogue et de l’alcool. Quand je refusais, il devenait encore plus violent. Je sentais que ce n’était pas normal, il me poussait à avoir des relations sexuelles avec des amis à lui. Je ne voulais pas entrer dans ce milieu. Je mangeais de moins en moins, j’ai perdu beaucoup de poids.
Après plusieurs mois, je me suis ouverte et j’ai fait confiance aux assistantes sociales du centre. J’ai partagé mon histoire, alors que je n’avais pas beaucoup confiance en moi. J’ai eu la chance d’avoir une écoute.
Notre demande d’asile avait été refusée. Je me sentais coincée, je savais que si je partais avec lui, je serais forcée de me prostituer pour lui.  Les assistantes sociales du centre sont entrées en contact avec l’association. Grace à cette démarche, nous avons été capables de trouver un endroit où j’ai pu être mise à l’abri, être en sécurité et commencer à me reconstruire.
Après plusieurs mois, j’ai été capable de réintroduire une demande d’asile et d’expliquer ce qu’il m’avait fait vivre. Cette demande a été acceptée et j’ai enfin pu recommencer à vivre.
Aujourd’hui, j’ai trouvé un travail, j’en suis très fière. J’avais appris le français dans le centre, et j’ai continué à la sortie, grâce aux personnes qui m’ont soutenue. Savoir que ces personnes comprenaient mon vécu et qu’elles me soutiennent inconditionnellement m’a beaucoup aidée. »

Janina

« J’ai eu une vie compliquée, un mari violent et alcoolique que j’ai quitté parce qu’il me maltraitrait et maltraitait mes filles. Mais je n’avais pas d’argent, je ne sais pas lire ni écrire, alors j’ai dû trouver des solutions dans la prostitution. Puis je suis venue ici, car une « amie » m’avait dit que ce serait plus facile, mais ce n’est pas vrai.
Je me sens très seule, j’aimerais changer de vie mais les salaires en Albanie sont trop bas pour subvenir aux besoins de mes deux enfants, mes parents sont décédés et mon ex-mari n'est pas présent. Avec le confinement, c’était très difficile. J’ai rejoint ma sœur en France, qui est réfugiée là-bas avec son mari, mais je ne sais pas où je vais aller ensuite, je dois trouver de l’argent pour mes enfants. »

Andrea

« Je suis venue ici en vacances quand j’avais 20 ans, avec un garçon qui m’a proposé de visiter la Belgique, dont j’étais tombée amoureuse quand je travaillais dans un café en Grèce. Quand on est arrivés, lui et ses complices ont pris mes papiers, m’ont battue et m’ont mise dans une vitrine. Je ne pouvais rien faire, c’était très violent, horrible. Une dame nous surveillait en permanence dans la vitrine, personne ne voyait ce qui se passait.
Un jour, j’ai réussi à m’échapper, et je suis allée à la police. Là, on a vu que j’avais été victime de traite des êtres humains, et j’ai été prise en charge par un centre spécialisé. Le garçon et ses complices sont en prison maintenant, mais moi je n’ai pas eu les papiers. Depuis 10 ans, je survis avec des petits boulots dans des cafés, mais parfois je suis obligée de retourner sur le trottoir, je n’ai pas le choix.
Je suis venue à l’association avec une amie, dans la même situation que moi. Je veux une vie normale, je voudrais être esthéticienne, car j’ai appris, mais comme je n’ai pas de diplôme d’ici, les salons ne veulent pas m’embaucher. Il faut que je trouve une formation mais surtout que je trouve un travail très vite, pour payer mon loyer et mes factures. Le problème, c’est que je ne sais pas lire : tout est difficile quand tu ne sais pas dire les choses correctement, par exemple je ne sais pas épeler mon nom quand une administration me le demande. Ca me bloque dans les démarches, je ne me sens pas capable de faire les choses toute seule, cela me stresse beaucoup. »

Zita

« J’ai rencontré des bénévoles de l’association lorsque j’étais dans le quartier Yser, un jeudi soir. Je vivais dans l’angoisse, dans la peur, je n’avais pas de domicile stable, mon mari m’avait abandonnée, je devais survivre.
Je suis allée à la permanence avec une amie. J’étais en Belgique depuis plus de 10 ans, loin de mon bébé qui est avec ma mère en Bulgarie. Mon fils de 17 ans venait d’arriver en Belgique, j’avais tellement honte de ce que je faisais, je lui avais dit que je travaillais dans un salon de coiffure. J’avais peur qu’il s’en prenne à moi s’il apprenait ce que je faisais le soir.  
Grâce à l’association, il a pu, avec moi, prendre des cours de français et j’ai entamé des démarches pour reprendre contrôle sur ma vie. J’ai senti que je reprenais de l’assurance, que des ouvertures étaient possibles. Parfois, quand des mauvaises nouvelles arrivaient, j’étais en colère, j’en voulais à tout le monde, même à l’association.
Ma plus grande fierté a été de trouver un travail comme aide-ménagère, ce qui m’a permis d’obtenir le titre de séjour de 5 ans et un logement décent. Maintenant, j’ai un nouveau compagnon, et je voudrais faire venir mon petit garçon et trouver un logement social. Il me faut cependant trouver un 2e travail, pour compléter mes revenus, mais je suis persévérante, je sais que c’est possible. Je me sens à nouveau digne et apaisée. »
 

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